Crise, relocalisation, résilience, circuits courts
Par cg le mardi 15 décembre 2009, 14:50 - Des infos - Lien permanent
Ce texte est issu de yonne.lautre.net
La crise économique de 2008/2009 est une répétition générale avant la grande crise à venir. Cette dernière sera à la fois économique, sociale, écologique, climatique et énergétique. En effet, tous les voyants sont au rouge. Pour la première fois, fin 2008, l'Agence Internationale de l'Energie a reconnu l'existence du pic pétrolier. Ses experts ont calculé qu'il surviendra vers 2020 et que le taux de déplétion annuelle sera de 6,7%. Nous n'avons donc plus qu'une décennie pour nous adapter1.
Dix ans : c'est également le délai que nous donnent les climatologues réunis au sein du GIEC pour sauver le climat, c'est à dire pour qu'il ne s'emballe pas au point de compromettre l'avenir de l'humanité2.
Dans ces conditions, la crise économique actuelle constitue une opportunité inespérée qui nous donne l’occasion de mettre en pratique des alternatives qui nous seront très utiles pour affronter la prochaine vague, beaucoup plus terrible, dans les moins mauvaises conditions possibles.
Il faut espérer qu’il n’y aura pas de reprise dans les mois qui viennent car tout redémarrage de la croissance est un obstacle à l’émergence d’alternatives socio-économiques. Et sans cette émergence, nous serons démunis lorsque les effets de l’effondrement de la biodiversité, de la raréfaction des matières premières et des changements climatiques se cumuleront avec la crise économique et la désespérance sociale et culturelle qui ne manquera pas de l’accompagner.
"Des transformations fondamentales dans les structures sociales et économiques, y compris une modification des modes de vie, sont essentielles pour obtenir un progrès rapide"nous prévient le PNUE (Programme des Nations-Unies pour l'Environnement)3. Les intellectuels qui se penchent sérieusement sur les problématiques abordées ici évoquent d'autres modes de développement, des changements radicaux des modes de vie, voire la décroissance ou l'après-développement pour les plus audacieux. Mais ce ne sont que des mots et généralement pas encore des concepts. C'est pourquoi, nous nous sommes attachés à donner sens à ce vocabulaire et, dans la mesure du possible, à mettre du concret dessus.
Il est devenu évident pour un certain nombre de personnes que la relocalisation des activités économiques étaient devenue une nécessité quasiment absolue, une condition sine qua non de notre survie au moment où surviendra la chute finale du productivisme.
D’ors et déjà, des réseaux se mettent en place pour y faire face. C’est le cas notamment des “villes de transition4” qui apparaissent principalement en Grande-Bretagne, en Irlande et en Amérique du Nord. Certaines sont d'ailleurs suffisamment avancées pour frapper monnaie5. On parle désormais de communautés résilientes. Celles-ci « sont capables d’ajuster et d’amortir l’impact du changement sur leurs membres ; elles se distinguent par la solidité de leurs institutions, la densité de leurs réseaux et la flexibilité de leurs mécanismes d’adaptation6 ».
Cette relocalisation des activités et l’incontournable résilience qu'elle sous-tend amènent à poser de nombreuses questions théoriques et pratiques qui feront l'objet des chapitres du présent document. 1/ Quelles activités relocaliser en priorité et à quel rythme7 ? 2/ Quels sont les besoins insatisfaits et de quelles ressources locales disposons nous pour y répondre ? 3/ A quelle échelle relocaliser et sur quel territoire ? Quelles sont les infrastructures adaptées à une relocalisation des activités ? Quelles institutions démocratiques locales pour la transition ? 4/ Quels sont les équilibres écologiques à préserver et à restaurer ? 5/ Les monnaies complémentaires comme outil de relocalisation et d'intégration sociale ? 6/ Quelles relations avec nos voisins ? Quels rapports Nord-Sud ?
Ce travail, dont la nature est profondément politique, ne pouvait être entrepris par des partis politiques ou des syndicats qui risqueraient de faire fuir leurs électorats et plus encore d'y perdre leurs repères et leurs croyances. Cela ne signifie par pour autant que localement des membre de ces organisations ne s'engagent pas dans cette démarche.
Le présent document s'appuiera sur toutes les compétences locales requises pour répondre le mieux possible aux défis inédits que nous devrons relever. Le champ de la réflexion, même s'il est mondial, ne pouvait se décliner concrètement que localement, à vue humaine comme aurait dit Fernand Braudel.
Nous souhaitons nous adresser à chaque citoyen, espérant ébranler les certitudes des plus sceptiques quant à la crise de civilisation que nous commençons à traverser et donner de l'espoir aux plus pessimistes d'entre nous. Nous savons que ce que nous entreprenons ici ne constitue pas un « acte isolé » mais que d'autres, à travers le monde, selon divers modalités, font de même. Philippe Lalik,
1 http://contreinfo.info/prnart.php3?id_article=2425 http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2353 http://www.dailymotion.com/video/x838pp_pic-du-petrole-monbiot-rencontre-fa_news 2 http://contreinfo.info/article.php?id_article=463 3 http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=519&ArticleID=5688&l=fr 4 http://www.villesentransition.net/ 5 C'est le cas de Lewes et Totness en Angleterre voir par exemple http://www.villesentransition.net/transition/pages/a-z/monnaie_locale 6 www.netlexfrance.net/2009/05/11/les-communautes-resilientes/